Chaque seconde de vidéo qui vous parvient a été compressée par un codec — un algorithme qui réduit un flux colossal à quelque chose de transportable. Deux d’entre eux dominent aujourd’hui les débats : H.265/HEVC, la norme établie, et AV1, le nouveau venu libre de droits. Leur affrontement décide, en coulisses, de la qualité et du coût de votre streaming.
Pourquoi un nouveau codec ?
Le H.264, vieux de vingt ans, reste omniprésent, mais il atteint ses limites face à la 4K et au HDR. Ses successeurs promettent la même qualité pour 30 à 50 % de débit en moins — autant de bande passante économisée, de mémoire tampon en moins, de coûts de diffusion réduits. L’enjeu se chiffre en millions pour les grandes plateformes.
H.265/HEVC : performant mais miné par les licences
Techniquement excellent, le HEVC souffre d’un défaut rédhibitoire : un maquis de brevets et de pools de licences aux exigences floues. Cette incertitude juridique a freiné son adoption sur le web, où personne ne veut risquer des royalties imprévisibles.
AV1 : libre, ouvert, soutenu par les géants
C’est précisément ce vide que vient combler AV1, développé par l’Alliance for Open Media (Google, Netflix, Amazon, Mozilla, Meta…). Libre de royalties, il offre une efficacité de compression supérieure au HEVC. Sa contrepartie historique — un encodage extrêmement lent — s’efface à mesure que les encodeurs matériels (GPU récents) et logiciels (SVT-AV1) progressent.
Que choisir en pratique ?
- Diffusion web à grande échelle : AV1 gagne, porté par YouTube, Netflix et le support croissant des navigateurs.
- Écosystème Apple / TV : le HEVC reste incontournable, matériellement accéléré partout.
- Compatibilité maximale : le bon vieux H.264 demeure le filet de sécurité, servi en repli.
La réalité des plateformes est d’ailleurs pragmatique : elles encodent plusieurs versions du même contenu et servent à chaque appareil le meilleur codec qu’il sait décoder. Ce n’est pas « AV1 contre HEVC », mais « AV1 et HEVC et H.264 » selon le terminal.
Et VVC, alors ?
Un troisième larron, le VVC/H.266, promet encore -50 % sur le HEVC. Mais il hérite du même problème de licences, et son adoption reste embryonnaire. Pour le web ouvert, AV1 garde une longueur d’avance décisive.
À retenir
AV1 s’impose sur le web par sa gratuité et son efficacité ; le HEVC domine l’écosystème matériel et Apple. En pratique, on ne choisit pas l’un ou l’autre : on encode en plusieurs codecs et on laisse chaque appareil prendre le meilleur. La vraie question n’est pas « lequel gagne », mais « lesquels servir, et à qui ».